C’est tout d’abord une émotion, vive, intense, et puis c’est tout de suite une douceur de l’air, une transparence, la paix d’une journée de janvier quand il n’y a pas de vent et que la mer est plate, totalement plate, avec en guise de vague un simple frémissement imperceptible.

Une eau tellement lisse et claire sur les rochers derrière l’unique digue du petit port de pêche que l’on peut même voir le petit « Gobi » tapi à l’entrée de sa cavité, si bien fondu à son milieu, que le regard de l’enfant n’a été attiré que par le seul battement des petites nageoires prés de ses ouies.

Ce souvenir se mêle à celui du chemin qui mène à l’école primaire, en longeant les vignes et qui est plus un large sentier sablonneux qu’une route, au long duquel on cueille au printemps quelques fleurs pour la maîtresse : trèfles jaunes, mauves, roses, si acides quand on en suce la tige, violettes, passion du Christ au pistil de sucre à la fin juin juste avant les vacances d’été. Et toujours la mer…

La mer là, palpitante, où l’on n'a jamais appris à nager mais qui a accueilli nos pas hésitants, dans laquelle on s’est fondue et où la nage est devenue tout simplement une autre façon de se mouvoir et d’avancer.

Cette ambiance que j’essaye de vous faire partager c’est celle dans laquelle je me suis éveillée à la vie, où j’ai grandi. J’ai grandi dans un pays de lait et de miel, un si beau pays, si beau…
L’amour que j’ai de lui déborde parfois aussi de mes yeux…

Comment ne pas porter en soi tant de beauté. Quand le matin le soleil se lève sur le Cap Lardier et que j’ai l’immense bonheur de pouvoir, chaque jour d’été, le contempler en prenant un bain matinal, je remercie alors le ciel et mes aïeux pour cette vie ici.
Je ne l’ai pas choisie, elle m’a été donnée par ceux qui avant moi y vivaient.

Et chaque fois que mon regard se pose sur un des paysages de ce canton, du Rayol à Ramatuelle en passant par Cogolin, il est associé à un parent éloigné, une branche familiale plus ou moins proche et le sentiment de lui appartenir est là. Toujours…
Ce pays aux paysages si divers qui vont du bord de mer, sablonneux aux calanques escarpées, pour s’étirer en plaines viticoles qui rejoignent les Maures, le Massif des Maures…

Et cette végétation magnifique à laquelle s’associent les diverses scènes d’une vie simple.

Un majestueux Pin Parasol, et c’est le goût de ses pignons que l’on casse, enfant, par gourmandise qui arrive en bouche.

Un chêne liège dont la « rusque » a été levée et c’est la « faouque » pleine du poisson de la bouillabaisse qui s’impose à mon esprit.

Un arbousier et je vois ma grand-mère confectionner une gelée de ses fruits.
Un mimosa en fleurs et c’est la plaine de Pardigon qui surgit couverte du jaune doré de ses brins.

La plaine de Pardigon où l’on allait couper les branches qui devaient servir à la confection des chars du corso du Mimosa. Cavalaire ouvrait alors la saison des corsos, le dernier dimanche de janvier dans les années 60, et pendant les semaines qui le précédait, c’était l’effervescence de la construction des chars, qui s’achevait, la nuit précédent le défilé, par leur décoration avec les brins de ce mimosa, les soucis, les œillets.

Nous les enfants étions tellement heureux d’être déguisés et juchés sur ces chars, de jeter les fleurs à la foule, et d’aller, ensuite, sur la fête foraine.
Et l’école de voile, et le ski nautique et…
Finalement la chance d’habiter là !

Aujourd’hui aussi nos enfants ont de la chance d’habiter là.
Parce que notre Pays est toujours aussi beau, et même si la vie y est plus trépidante qu’autrefois il fait toujours aussi bon y vivre.

Je suis partie une dizaine d’années vivre dans le grand nord, en Avignon. Le Mistral a eu raison de moi, et a fini, à force de me pousser, par me ramener chez moi avec mon mari et mes filles.
Dans ma famille………………… à Cavalaire.
